On vivait de peu, mais c’était beaucoup,
Un coin de ciel, un bout de rue,
Un vieux banc usé, deux ou trois notes,
Et ça faisait des vies entières sans faute.
Les murs parlaient mieux que des livres,
Chaque fenêtre avait quelque chose à dire,
On passait des heures à ne rien faire,
Et c’était déjà extraordinaire.
On partageait tout, même le silence,
Même les jours sans importance,
Un rire qui traîne, un regard posé,
Et tout semblait recommencer.
Le temps coulait sans nous presser,
On ne pensait pas à le compter,
On croyait que ça durerait toujours,
Comme durent les beaux jours.
On vivait de peu…
Mais on vivait mieux,
Sans penser au lendemain,
Sans jamais manquer de rien.
On vivait de peu…
Et c’était précieux,
Chaque instant qu’on laissait
Nous passait sans peser.
Puis les années ont pris leur place,
Sans faire de bruit, sans laisser de trace,
Les voix se sont faites plus lointaines,
Comme un écho dans la plaine.
Mais parfois, au détour d’une rue,
Un souvenir revient, imprévu,
Et je retrouve sans le vouloir
Un peu de ces soirs.
On vivait de peu…
Mais on vivait mieux,
Sans penser au lendemain,
Sans jamais manquer de rien.
Et même si tout a changé,
Au fond rien n’est vraiment passé,
Car dans un coin de ma mémoire,
Ça continue de vivre… quelque part.