L’Ombre sur le Seuil
On marche à l'aveugle dans le jardin des siens,
Foulant les fleurs fragiles sans même y prendre garde.
On oublie que l'amour est un fil de soie fine,
Qu'à force de tirer, la patience se tarde.
Idiot, ô pauvre idiot, qui regarde ailleurs,
Quand la main est tendue, quand le cœur nous protège.
On s'enfonce de soi dans l'erreur et l'ardeur,
En croyant que le sang efface tous les pièges.
• On devient le fardeau,
• On devient le vacarme,
• On devient cette peine qui fait couler les larmes.
Et quand vient le silence, l'amère lassitude,
Où leur regard s'éteint, fatigué de lutter,
On réalise enfin, dans notre solitude,
La chance immense et pure qu'on a su gaspiller.
Chaque reproche est juste, chaque mot est mérité,
Leur colère est un miroir où se lit notre tort.
Mais sous les murs épais de notre indignité,
Brûle un regret immense, un cri puissant et fort.
Ils ne voient pas l'abîme où rampe notre honte,
Ni ce "pardon" muet qui tremble sur nos lèvres.
On a brisé le lien, on en paie le décompte,
Brûlés par la douleur de nos propres orfèvres.