Eva je 15 anEva serre ses bandes comme on serre une pensée qui déborde.
Le tissu mord ses phalanges, lui rappelle qu’elle est là, entière, solide.
Dans le vestiaire, l’ampoule grésille, vieille lune suspendue au plafond.
Personne ne parle. Même les casiers ont appris à se taire.
La salle sent le cuir, la craie et le temps.
Chaque pas résonne comme un compte à rebours discret.
Le ring l’attend, carré parfait au milieu du désordre,
un endroit où tout devient simple : avancer, tenir, respirer.
Eva ne boxe pas contre quelqu’un.
Elle boxe contre le bruit qui s’installe dans la tête,
contre les phrases qu’on lui a laissées sur les épaules,
contre les jours qui pèsent sans qu’on sache pourquoi.
Le sac balance, revient, repart.
Impact. Souffle. Impact. Silence.
Ses poings parlent une langue courte, précise,
faite de chocs nets et de décisions rapides.
La sueur trace des chemins sur sa peau,
comme des routes qu’elle serait la seule à connaître.
Ses épaules brûlent, ses jambes tremblent un peu,
mais dans ses yeux, quelque chose tient droit.
Autour d’elle, le monde pourrait tomber en morceaux,
les murs s’effriter, le plafond céder,
elle continuerait, rythmée par son propre cœur,
métronome obstiné dans la poitrine.
Quand elle s’arrête, le calme n’est pas un vide.
C’est une surface lisse où rien n’accroche.
Elle s’assoit au bord du ring, les gants posés à côté,
et écoute son souffle revenir de loin.
Eva ne cherche pas à gagner.
Elle cherche cet instant précis,
où le corps fatigué devient plus clair que les pensées,
où tout ce qui déborde rentre enfin à sa place.