Je te parle pour rien, tu m’écoutes à moitié,
Tu crois que mes années sont dépassées.
Tu souris quand je dis que tout va vite ici,
Comme si j’étais déjà à moitié parti.
J’avais ton âge hier, j’avais la même envie,
De courir plus loin que la peur et la nuit.
Je croyais que le monde allait m’obéir,
Sans savoir qu’il s’amuse à nous désobéir.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Tu comprendras plus tard, pas aujourd’hui, demain.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
On n’entend jamais bien ce qu’on devient.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Le temps fait son chemin, sans bruit, sans rien.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Et pourtant je te tiens la main de loin.
J’ai vu des vies solides se fendre sans raison,
Des certitudes lourdes perdre leur horizon.
J’ai vu des hommes droits vaciller doucement,
Sans bruit, sans violence, juste en s’effaçant.
On croit toujours avoir du temps devant soi,
On repousse les jours comme on repousse un choix.
Mais le temps ne demande jamais ton avis,
Il passe, il prend tout, puis il s’enfuit.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Tu comprendras plus tard, pas aujourd’hui, demain.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
On n’entend jamais bien ce qu’on devient.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Le temps fait son chemin, sans bruit, sans rien.
Je te parle pour rien, pour rien, pour rien,
Et pourtant je te tiens la main de loin.
À vingt ans on court sans voir,
À soixante, on sait trop tard.
Et entre les deux, sans un bruit,
La vie nous écrit ce qu’on oublie.
Alors va, fais ton bruit, fais ton chemin,
Je te parle pour rien… mais je parle quand même.
Parce qu’un jour tu diras les mêmes mots,
À quelqu’un qui ne t’entendra pas trop.