Le train lâche un soupir, la brume dévore les rails
Dix ans d'exil, j'ai les souvenirs qui déraillent
Manteau crème sur les épaules comme une armure de soie
Contre les spectres de Colmar qui ne parlent que de toi.
Les façades colorées me fixent, elles n'ont pas oublié
Le reflet de l'or sur l'eau, les silences sacrifiés
Je n'viens pas pour le vin, ni pour les lumières de Noël
Mais pour ce vide au milieu, ce Jonas éternel.
Le quartier des Tanneurs, les pavés sous mes pas
C'est le son de ma propre histoire que je ne fuyais pas
Devant la cave abandonnée, le bois porte nos stigmates
Deux cercles entrelacés, notre alliance, notre hâte.
Couplet 2 : L'Énigme du Verre
Je pose la main sur le bois, je sens le bois qui frissonne
La première bouteille m'attend, celle qui ne déçoit personne
Le premier souvenir en cage, scellé au Gewurztraminer
Quand l'été était sans fin et nos cœurs à déterminer.
Soudain, une ombre, une écharpe, un panier de raisins secs
Le regard fuyant, le cœur qui encaisse l'échec
C'est lui, Jonas, le même, mais étranger à sa vie
Il me croise comme un fantôme, l'indifférence me défie.
Pas un mot, pas un geste, juste le froid du silence
Je suis revenue pour comprendre, pour briser la distance
Ouvrir les bouteilles, écouter ce que les caves murmurent
Et peut-être, sous la poussière, retrouver une fissure.