Je t’écris ce soir parce que mon cœur est lourd et que je ne sais plus vers qui me tourner. Il s’agit de Junior. Mon petit Junior, qui n’est plus si petit d’ailleurs, mais dont la douleur semble grandir chaque jour un peu plus.
Tu sais, Junior a toujours été un garçon sensible, de ceux qui ressentent tout trop fort. Mais depuis quelque temps, c’est comme si une ombre s’était installée en lui. Il ne parle presque plus. Le matin, il se lève avec le regard vide, comme si le simple fait de poser les pieds par terre lui demandait un effort surhumain. Il mange à peine, sourit encore moins. Quand je lui demande ce qui ne va pas, il hausse les épaules et murmure : « Rien, maman. Ça va passer. »
Mais ça ne passe pas.
Je le vois se battre en silence. La nuit, je l’entends parfois pleurer dans sa chambre quand il pense que tout le monde dort. Il a perdu cette lumière dans les yeux qui faisait sa force. L’école devient un calvaire : les notes baissent, les amis s’éloignent, et lui reste dans son coin, comme s’il portait un poids trop lourd pour ses épaules. Je crois qu’il souffre de cette solitude qu’il s’impose, mais aussi d’une tristesse plus profonde, plus ancienne, qu’il n’arrive pas à nommer.
Parfois, il me dit des choses qui me brisent le cœur :
« J’ai l’impression d’être un fardeau. »
« Je ne vois pas pourquoi je continue. »
« J’ai mal partout, même là où personne ne peut voir. »
Je me sens impuissante. Je voudrais tout prendre sur moi, absorber sa souffrance pour qu’il respire enfin. Mais je ne peux que l’aimer, le serrer dans mes bras quand il me laisse faire, et lui répéter qu’il n’est pas seul, même si je vois bien que mes mots glissent parfois sur sa douleur comme la pluie sur une vitre.
Junior souffre. Pas juste un peu. Il souffre vraiment. D’une souffrance silencieuse, discrète, de celle qui ronge de l’intérieur sans faire de bruit. Et je prie chaque jour pour qu’il trouve la force de demander de l’aide, ou pour que nous trouvions le chemin qui le ramènera.