Je compte les heures sur les murs qui s’écaillent
Le café froid depuis mardi fait semblant d’être chaud
J’ai repeint ta chaise en vide, couleur de mes batailles
Et je m’assois dessus quand même, pour sentir le manque dans le dos
J’ai appris ton absence comme on apprend un piano
Note à note, fausse note, silence, sanglot
Les voisins disent que je parle seul, mais c’est faux
Je discute avec les fantômes que ta voix laisse dans les carreaux
Je promène mon ombre au bout d’une laisse
Elle tire plus fort quand je passe devant chez nous
Le facteur me regarde, il n’ose plus dire "une lettre"
Il sait que ma boîte aux lettres ne digère que le flou
J’ai gardé tes reproches, c’est tout ce qui me reste
Je les relis le soir pour pas oublier ta voix
Ils piquent mieux que les couteaux, ils tranchent plus net
Et chaque mot me rappelle que j’existe pas sans toi
Je suis devenu collectionneur de dimanches tristes
Expert en lundis sans goût et en mardis trop longs
Je mets ta photo dans le frigo pour qu’elle existe
Au frais, intacte, comme au premier jour de nos "pour de bon"
La souffrance, c’est pas un cri, c’est un métier
Ça se pratique à plein temps, sans congés payés
Et moi je pointe tous les jours, sans me faire prier
Contremaître de mes ruines, ouvrier de mes regrets
Tu veux un 2e couplet aussi long, ou on enchaîne sur un refrain qui arrache tout ?