Il était une fois, là où la terre rouge rencontre le ciel vaste, un village nommé *Djigbé*, au quartier *Tokpa Blihouè*. Dans ce village, on raconte que la nuit, quand l’harmattan souffle doucement, les anciens murmurent encore.
Longtemps avant nos jours, vivait un homme du nom d’*AHOUANDJINOU*. Il n’avait ni or, ni troupeaux immenses. Il avait deux mains calleuses, un cœur droit, et une parole qui pesait plus lourd que le fer.
Un jour, la grande sécheresse s’abattit sur *Djigbé*. Les puits tarissaient, le mil refusait de lever, et la peur entra dans les cases. Les jeunes voulaient partir, abandonner la terre de leurs pères. Mais *AHOUANDJINOU* planta son bâton au milieu de la place du village et dit :
« Mes enfants, la terre ne trahit jamais celui qui la respecte. Ce n’est pas la pluie qui nous a nourris, c’est notre patience. Ce n’est pas l’or qui nous a unis, c’est notre parole donnée. »
Alors, chaque matin avant l’aube, il partait seul. Il parlait à la terre, creusait là où les autres voyaient la poussière, et chantait des chants que son père lui avait appris. Les anciens disaient qu’il savait écouter les racines. Les jeunes se moquaient : « À quoi bon parler à la terre muette ? »
Mais à la septième lune, là où *AHOUANDJINOU* avait creusé, l’eau jaillit. Claire. Fraîche. Abondante. Pas pour lui seul, mais pour tout *Djigbé Tokpa *. Ce jour-là, les enfants comprirent : l’héritage d’un ancêtre, ce n’est pas ce qu’il laisse dans les greniers, c’est ce qu’il plante dans les cœurs.
Depuis, à *Tokpa Blihouè*, quand un enfant naît, on lui met un peu de terre rouge sur le front en disant : « Souviens-toi d’*AHOUANDJINOU*. Sois comme lui : debout même quand tout s’assèche. »
Et l’on dit que, les nuits sans lune, si tu tends l’oreille près du vieux baobab du quartier, tu entends encore les ancêtres de *Tokpa* veiller. Ils ne dorment pas. Ils gardent. Pour que jamais leurs enfants n’oublient d’où vient leu force