*Le bruit du 4ème*
Yanis avait 23 ans et les mains pleines de cambouis. Mécano au sous-sol d’une cité du 91, il réparait des moteurs la journée et des cœurs brisés la nuit. Enfin, surtout le sien.
Lina, elle, habitait au 4ème. Étudiante en droit, casque sur les oreilles H24. Elle descendait jamais sans son livre de procédure pénale et son regard qui disait "approche pas".
Leur histoire a commencé un mercredi. Pluie de novembre, Lina en panne devant le garage. Phares qui clignotent, larmes qui montent.
- *Yanis* : T’inquiète, c’est juste la batterie. Monte, je te dépose.
- *Lina* : J’monte pas avec les inconnus.
- *Yanis* : Technique, on s’est déjà croisés 200 fois dans l’ascenseur. J’suis pas inconnu, j’suis le voisin du 0.
Elle est montée. Il a réparé la voiture gratis. Elle a laissé un post-it : "Merci. Je te dois un café."
Le café s’est transformé en 6 mois.
*Le problème* : Lina visait le barreau de Paris. Son père, avocat réputé, voulait "mieux" pour elle qu’un mec en bleu de travail. Yanis, lui, avait son petit frère qui commençait à traîner, et les embrouilles qui vont avec. Il voulait pas l’emmener dans sa galère.
Un soir il lui a écrit une lettre. Pas un SMS. Une vraie lettre, comme dans les sons tristes :
> _Lina,
> J’t’aime comme un moteur aime l’essence. Mais des fois faut savoir couper le contact avant que tout explose. Ton père a raison. J’suis pas du même monde. Fais ta vie, deviens grande. Oublie le garage.
> Yanis_
Il a pas eu de réponse pendant 3 semaines. Le 4ème était vide.
Jour de l’examen du barreau, Lina sort du tribunal. Yanis est là, adossé à une moto qu’il vient de retaper. Il lui tend un casque.
- *Lina* : T’as lu ma lettre ?
- *Yanis* : Quelle lettre ?
- *Lina* : Celle que j’ai glissée sous ta porte. "Si tu m’aimes vraiment, laisse-moi choisir mon monde. Et mon monde, c’est toi dedans."
Elle sort sa carte d’avocate stagiaire. Lui