J’ai grandi là où les rêves s’éteignent avant l’aube,
Là où les mères prient pendant qu’les petits font les fauves.
Le cœur en grève, les poches pleines de vide,
On voulait l’monde entier, on a serré les dents trop vite.
Les gyrophares dessinent des croix sur les façades,
Les anciens nous disaient : “fils, la rue rend malade.”
Mais on voulait briller, quitte à brûler nos ailes,
Dans un quartier où même les anges perdent leur ciel.
J’ai vu l’amour se vendre au prix d’un billet froissé,
Les frères devenir loups pour un terrain délaissé.
On parle peu, on encaisse, on transforme la haine,
Chaque cicatrice raconte pourquoi mon âme est en chaîne.
Refrain :
Sous les néons, j’compte les fantômes,
Le passé me suit comme une ombre en chrome.
J’avance seul, même entouré d’hommes,
Le silence est lourd quand le destin assomme.
J’ai mis des pansements sur des plaies invisibles,
Le sourire est poli, mais l’regard reste terrible.
On fait semblant d’aller bien devant ceux qu’on aime,
Pendant qu’la nuit nous dévore et nous rappelle nos peines.
Les sirènes chantent, mais c’est pas des berceuses,
Ici la vie t’embrasse avec des mains dangereuses.
Chaque choix pèse lourd comme un coffre sous la pluie,
Et l’temps n’efface rien, il enterre juste les cris.
Pont :
J’ai juré d’partir, mais mes racines me retiennent,
Même quand j’cours loin, j’reviens vers les miennes.
Le succès a l’odeur du sang sur les billets,
Et l’bonheur paraît faux quand t’as trop bataillé.